Bien configurer les écrans de son GPS vélo
Les GPS de vélo sont devenus des outils extraordinaires. Qu'il s'agisse d'un Garmin, d'un Wahoo, d'un Hammerhead ou d'un autre ordinateur de bord, il est aujourd'hui possible d'afficher une quantité impressionnante de données en temps réel.
Pourtant, après avoir accompagné des centaines de cyclistes au fil des années, je constate toujours la même chose : la plupart des écrans sont configurés sans réelle logique. On y retrouve un mélange de vitesse, distance, puissance, fréquence cardiaque, cadence et dénivelé, sans que ces informations répondent à un objectif précis.
À mes yeux, un écran de données devrait toujours avoir une mission. Les informations affichées doivent aider le cycliste à prendre de meilleures décisions, au bon moment. C'est pourquoi je préfère séparer mon GPS en un minimum de trois pages distinctes, chacune ayant un rôle bien défini.
Pourquoi avoir plusieurs pages?
Bien que le mode Workout permette de suivre un entraînement structuré importé depuis une plateforme comme TrainingPeaks, TrainerRoad, Intervals.icu, Today's Plan ou encore Garmin Connect, elle ne répond pas à tous les besoins. Une grande partie de nos sorties ne sont pas des entraînements structurés : sorties d'endurance, séances libres avec intégration de blocs d’intensités, reconnaissance de parcours, sorties de groupe, ou encore, compétitions. Dans ces situations, une organisation réfléchie des écrans de données devient particulièrement utile.
Personnellement, j'aime attribuer une fonction précise à chaque page. Une première est entièrement consacrée à l'exécution de l'entraînement, où les données de puissance, de cadence, de fréquence cardiaque et de temps sont les plus pertinentes. Une deuxième regroupe les informations générales, comme la distance parcourue, le temps de sortie, le dénivelé positif cumulé ou l'heure de la journée. Une troisième rassemble les indicateurs qui permettent de mieux comprendre la charge de travail globale de la séance.
Cette approche présente un avantage important : elle réduit la charge cognitive. En plein intervalle, notre attention devrait être dirigée vers le pacing de l'effort, la durée d’exécution, ainsi que les facteurs externes comme l’environnement. Plus un écran contient d'informations, plus le cerveau doit faire le tri entre ce qui est pertinent... et ce qui ne l'est pas.
En séparant les données selon leur fonction, chaque écran répond à une question précise. On passe moins de temps à chercher l'information, on prend de meilleures décisions et on reste davantage concentré sur ce qui compte vraiment : pédaler efficacement et rouler en sécurité.
Écran 1 : exécuter l'entraînement
La première page est celle que je consulte le plus souvent. Elle est entièrement dédiée à l'exécution de l'entraînement et ne contient que les données qui m'aident à prendre des décisions en temps réel.
Les champs que j'utilise :
Puissance sur 3 secondes
Puissance moyenne du tour (Lap Power)
Temps du tour (Lap Time)
Fréquence cardiaque
Cadence
% FTP
Lors d'un intervalle, mon objectif n'est pas de savoir combien de kilomètres j'ai parcourus ou quelle heure il est. Je veux uniquement savoir si je produis l'effort demandé.
La puissance sur 3 secondes est probablement le champ que je consulte le plus. Contrairement à la puissance instantanée, qui fluctue énormément d'un coup de pédale à l'autre, la moyenne sur trois secondes offre une valeur beaucoup plus stable et exploitable. Elle permet d'ajuster son effort sans réagir constamment aux petites variations.
La puissance moyenne du tour complète parfaitement cette information. Alors que la puissance sur 3 secondes me permet de corriger mon effort instantanément, la puissance moyenne du tour me confirme si, depuis le début de l'intervalle, je respecte réellement la cible prévue. Ces deux données sont complémentaires et devraient, selon moi, toujours être utilisées ensemble.
Le temps du tour est tout aussi important. En réinitialisant automatiquement chaque intervalle, il devient très facile de savoir où l'on se situe dans l'effort sans avoir à faire de calcul mental.
J'ajoute ensuite la fréquence cardiaque et la cadence, qui apportent deux informations complémentaires. La fréquence cardiaque permet d'observer la réponse physiologique à l'effort et d'identifier certaines dérives cardiovasculaires, tandis que la cadence aide à respecter la stratégie de pédalage souhaitée.
Enfin, le % FTP offre une lecture simple et intuitive de l'intensité relative. Voir que l'on roule à 88 %, 95 % ou 105 % de sa FTP est souvent plus parlant que de retenir une puissance cible différente pour chaque type d'intervalle.
À elle seule, cette première page contient tout ce dont j'ai besoin pour réaliser la grande majorité de mes entraînements.
Écran 2 : les informations générales
Le deuxième écran est beaucoup plus simple. Il regroupe les informations que l'on consulte de temps à autre pendant une sortie, sans qu'elles influencent directement la réalisation d'un intervalle.
J'y affiche :
Temps de sortie
Vitesse moyenne
Distance
Heure de la journée
Dénivelé positif cumulé
Ces données répondent à des questions très concrètes.
Combien de temps suis-je parti?
Combien de kilomètres me reste-t-il avant de rentrer?
Ai-je déjà atteint le dénivelé prévu aujourd'hui?
Est-il temps de faire demi-tour si je veux être de retour à l'heure?
Ces informations deviennent particulièrement utiles lors des longues sorties d'endurance, des reconnaissances de parcours ou des journées passées en montagne. Elles permettent de gérer la sortie dans son ensemble, sans encombrer l'écran principal utilisé pour l'entraînement.
Écran 3 : Le bilan de la sortie
Le troisième écran regroupe les indicateurs qui permettent d'interpréter la séance une fois qu'elle est bien entamée.
J'y affiche :
TSS
IF (Intensity Factor)
NP (Normalized Power)
Calories
Puissance moyenne
Contrairement aux deux premières pages, cet écran sert moins à piloter l'effort en temps réel qu'à prendre du recul sur la séance.
Le Training Stress Score (TSS) permet d'estimer la charge globale d'entraînement en combinant la durée et l'intensité. C'est un excellent indicateur pour suivre l'accumulation de fatigue au fil des jours et des semaines.
L'Intensity Factor (IF) indique à quel pourcentage de votre FTP la sortie a été réalisée en moyenne. Il devient particulièrement intéressant pour comparer des séances de nature différente.
La Normalized Power (NP) est, selon moi, beaucoup plus représentative de l'effort réellement fourni que la simple puissance moyenne. En tenant compte des accélérations, des relances et des variations d'intensité, elle reflète davantage la contrainte physiologique imposée à l'organisme.
La puissance moyenne demeure néanmoins utile pour comparer certains entraînements réalisés dans des conditions similaires et suivre leur évolution dans le temps.
Enfin, les calories dépensées constituent un excellent rappel de la réalité énergétique de la séance. Une sortie de quatre heures peut facilement représenter plusieurs milliers de kilocalories dépensées. Pour un athlète qui s'entraîne régulièrement, suivre cette valeur aide à mieux planifier son ravitaillement, sa récupération et son apport énergétique quotidien. Une bonne progression ne dépend pas uniquement de la qualité de l'entraînement, mais aussi de la capacité de l'organisme à récupérer entre les séances.
Les données au service de votre progression
Il est facile de croire que plus un GPS affiche de données, plus il devient utile. Avec le temps, j'en suis plutôt arrivé à la conclusion inverse : ce sont les bonnes informations, consultées au bon moment, qui font toute la différence.
Une configuration efficace devrait évoluer avec le cycliste. Elle changera souvent au fil des saisons, selon les objectifs, le type de pratique ou les aspects techniques que l'on souhaite développer.
L'important n'est donc pas de reproduire exactement cette configuration, mais de réfléchir à la fonction de chacun de vos écrans. Chaque donnée affichée devrait avoir une raison d'être et vous aider à prendre une meilleure décision pendant votre sortie.
Il existe d'ailleurs une expression bien connue dans le milieu : « If it's not on Strava, it didn't happen. » Derrière cette phrase humoristique se cache une réalité propre à notre époque. Il est parfois facile d'avoir l'impression que l'entraînement n'a de valeur que lorsqu'il est enregistré, analysé et partagé.
Pourtant, les adaptations physiologiques ne se produisent pas lorsque l'activité est téléversée sur Internet. Elles se produisent lorsque l'on accumule, semaine après semaine, des séances bien exécutées, une récupération adéquate, un sommeil de qualité et une alimentation adaptée aux exigences de l'entraînement. Un cycliste qui suit une structure cohérente pendant deux semaines, même sans GPS, progressera généralement davantage qu'un autre qui enregistre chacune de ses sorties, mais roule sans objectif précis ni plan d'entraînement.
Les données sont des outils extraordinaires, mais elles ne remplacent jamais les fondements de la progression. Elles servent à mieux comprendre l'entraînement, à guider les décisions et à mesurer l'évolution, sans jamais devenir une fin en soi.
Si vous souhaitez approfondir ce type de réflexion, les consultations privées de Precision Coaching permettent d'aller encore plus loin. Ensemble, nous pouvons analyser vos fichiers d'entraînement, revoir la configuration de votre GPS, interpréter les données issues de votre capteur de puissance ou de votre fréquence cardiaque et déterminer quelles informations sont réellement pertinentes selon vos objectifs. L'objectif est de vous rendre progressivement autonome dans votre façon d'utiliser ces outils afin qu'ils deviennent un véritable levier de progression.